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ce
qu'ils ont dit ...
Sébastien
Boniface :
De
ses
oeuvres se dégage une
impression douce amère. Par leurs lignes
déstructurées et leurs couleurs
contrastées, on croit d'abord faire face aux dessins d'un
enfant. Mais nous voilà plongés dans la vision
rectiligne d'un monde moderne où, justement, l'enfance n'a
plus sa place.
L'art
faussement naïf, doux et
parfois si cruel de François Lautissier, ne trouve
d'équivalent que
dans le monde cinématographique
de Charlie Chaplin. Le personnage de Charlot, sa démarche
claudicante de petit enfant perdu dans une grande ville en sont
l'illustration.
Les
attitudes, les gestes des personnages
sont serrés, anguleux. Les dynamiques sont
cassées, bousculées ou, au contraire, circulent
et se perdent dans le vide. Les visages y sont réduits
à des masques fonctionnels, mangés par les yeux,
comme trop à l'étroit.
L'œuvre
ne cesse d'interroger
et de mettre en lumière notre absurdité
quotidienne. Où est la place
de l'homme dans notre
société déshumanisée ? Ne
devenons nous pas, à l'image des objets qui
nous entourent,
des fonctions, des objectifs ? Ainsi, sur les grandes toiles, l'artiste
s'amuse à nous perdre. L'œil s'égare de
motif en motif, est renvoyé comme la balle d'un flipper dans
un labyrinthe
de formes un peu fou.
Dès
lors,
comment trouver ses propres repères si
ce n'est en prenant justement conscience de
notre univers conventionnel
et déréalisé ? C'est tout le paradoxe
de François Lautissier, qui a su garder un esprit d'enfant
allié à une lucidité
détachée d'adulte.
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